L' ADN s'effeuille aussi
Hélices génétiques,cailloux blancs,fuites,rencontres, passages,désirs,nostalgie, différence ....voyages ,arrêts sur images... "Au bout de mon âge qu'aurai-je trouvé ? "Vivre est un village où j'aime à rêver" (Ferrat)
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16-09-2005
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Métro
Le ptit bonhomme est venu s'asseoir à côté de moi, station Comte de Flandres, je crois.
Le nez dans Baricco, d'abord je ne perçois rien, à peine une présence, presque de l'indifférence.
Petit à petit, ce voisin prend corps. Il amène vers moi des effluves de tabac noir, froid et collant. Pas de la cigarette,non, plutôt un relent de mauvais cigare.
La vitre du métro commence à s'embuer.
C'est l'heure de pointe, on arrive à Sainte Catherine, il y a un  flot humain en transhumance., un flot qui se déverse puis un autre qui monte comme une marée humide.
"Il pleut encore," me dis-je.
Il porte un pantalon beige en velours côtelé qui n'a plus de nom et une veste genre tweed grisâtre et rèche avec des accrocs. C'est elle qui exhale tous ses dérivés de goudrons et les conjugue à l'infini.
L'homme se frotte la tête dans les mains, s'essuie le visage dans les paumes d'un même geste attentif, méthodique, répétitif.
Il fait tomber de ses cheveux noirs  drus, serrés, des colonies d'écailles mortes .
Les pellicules poudreuses viennent tapisser le petit cartable qu'il tient bien à plat sur ses genoux.
 
Je m'enfonce dans mon livre comme dans un exil.
Je me retrouve  en mer,dans l'absurde histoire de Novoscente, né sur un navire, pianiste de sa vie, irrémédiable prisonnier du génie de sa propre parenthèse d'existence....
J'oublie un instant la course du métro à travers les sous-sols de Bruxelles, et mon voisin gratte -pellicules.
Mais, à ma gauche, il y a de l'agitation, le petit bonhomme fait le ménage.
Il épousète son cartable du revers de la manche et met ainsi toutes ses traces d'ADN blanchâtres en suspension dans l'air.
Et là je me dis qu'il y a des jours comme ça où on devrait porter un masque, des lunettes noires et  un i-pod dans les oreilles, pour se déconnecter des agressions des sens.!!
 
Un arrière dé-goût monte en moi avec une méchante petite mauvaise humeur.
Je lance un regard de sulfateuse au gars à présent  en pleine exploration digito-nasale.
Il s'arrête en plein exploit, un instant figé dans sa pose héroïque.
Alors seulement je me rend compte que tout le wagon a les yeux fixés sur la scène, cinquante regards mi-goguenards, mi-écoeurés.
Toisé, jugé, le type récupère le doigt voyageur, se passe une dernière fois la main dans les cheveux avec le résultat que l'on sait, tire un peu sur sa cravate pour reprendre un rien de consistance, puis se lève rapidement, l'air affairé et se précipite hors de la rame, sans se retourner.
Je respire mieux. Je le vois s'éloigner sur le quai, faire encore quelques pas, et monter dans le wagon voisin.
Hypnotisée, à chaque arrêt, je guette . Je veux savoir à quelle station il va descendre, mais rien.
 Shuman, Montgomery ,Gribaumont défilent ,Tomberg, Roodebeek, Vandervelde, Alma....toujours rien.
Ensuite, c'est moi qui dépasse mon arrêt, fascinée par ce jeu stupide. Et nous voilà au terminus .Stockel, tout le monde descend...sauf mon sale petit bonhomme qui reprend le métro dans l'autre sens .

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16-09-2005, 01:52:01 Muffy

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