Voilà vingt-cinq ans j' ai quitté la maison de mon enfance pour m'en aller, comme le disent les histoires, vivre ma vie... Après bien des détours, je suis revenue si près de mes sources, que je pourrais les toucher d'un regard, m'y désaltérer d'une gorgée de mémoire. C'est toujours un moment douloureux mais aussi paradoxalement désiré, que ces rencontres fugaces avec le passé, quand il revient tout seul ou presque faire irruption dans une réalité décalée.
Proximité géographique ? Métamorphose en cours? Ouverture sur un monde plus intériorisé en route vers son inéluctable sénilité? .....ils se produisent souvent, ces play back en plein jour, comme les rêves éveillés d'un has been ....que je suis sans doute ! Que je suis carrément! Mais avec beaucoup de tendresse et d'indulgence égoïste !!!. On a sa dignité quand-même.
Un exemple du jour: Me voici devant le terminus du tram . J'en fais le tour, et brusquement, derrière l'aubette, je re-découvre le bout du monde! Il m'attend là depuis toujours, depuis que l'évidence l'a inscrit, quelque part dans mon imagination de petite fille. D'ailleurs,je me dis qu' il n'y a rien de plus normal que le tram y fasse demi-tour: Une fois arrivé au bout du monde, il n'y a pas d'autre solution. Plus loin, l'horizon est fermé, clôturé par une énorme palissade couvertes de pubs. Je ne me pose même pas la question de savoir ce qui peut bien se cacher de l'autre côté , non, la fin c'est la fin, le bout c'est le bout; Un point c'est tout!!! Maman ne se moque pas de ma découverte, au contraire, elle trouve mon bout du monde très beau. Mais comme elle ne souhaite probablement pas que je meure idiote,elle m'emmène tout en haut, dans le grenier de la maison. Par la tabatière ouverte, la vue est grandiose, magnifique, extraordinaire: Après le bout du monde, de larges champs dorent la brume qui s'élève et au loin, une immense forêt surgit,palette d'un vert royal,impétueuse, luxuriante , couvrant le regard jusqu'à l'égarement. Maman me dit que la palissade couverte de pubs n' est en fait que la porte du bout du monde.!
C'est à ce moment que je me réincarne, à travers le même sourire frondeur que jadis,devant la pavane de cette gamine orgueilleuse et naïve qui répond de toute sa superbe: " Tu te rends compte, maman, que c'est moi qui l'ai trouvée, LA PORTE ". Et allez donc expliquer au conducteur du tram, ce que vous faites là ,béatement immobile, au milieu des rails....
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