| |
 |
| 16-05-2005 |
Les nouvelles sorcières |
Testament de sage-femme Ce post a commencé par une réponse à Catmey en commentaire.....puis je me suis laissée emporter par ma passion !!! ....et voilà ce que c'est devenu : Pour moi, être sage-femme c'est "être" d'abord, avec cette parturiente( femme en travail), "être" tout court. Cela veut dire acquérir une réceptivité à l'autre. Cela veut dire vacuité et perméabilité dans l'écoute , dans la relation, dans le non- agir. Cela veut dire disponibilité de l'esprit mais éveil de tous les sens. Et, éventuellement, si c'est nécéssaire ( et ce ne l'est que rarement, si on a bien compris son art ), intervenir s'il le faut , quand il faut et comme il faut. Cette humilité là demande du talent, du temps, de l'énergie et surtout une énoooorme confiance dans les femmes et leur compétence (désormais ignorée, volée,déniée ) à porter et à mettre au monde leurs petits . Je voudrais éviter de rentrer dans un plaidoyer sur le respect de la physiologie de la naissance, où sur celui de l'autonomie des futurs parents, mais je tombe dedans à tous les coups Je n'aime guère me faire traiter de suffragette.....quoi que je ne nie point l'être. De plus en plus de " nouveaux parents" se mobilisent actuellement ( ex l'association "Alternatives") pour affirmer leurs désirs d'accoucher comme ils le souhaitent, où ils le souhaitent et avec la personne qu'ils ont choisie. Comme moi, ils sont témoins de la surmédicalisation. Comme moi, ils observent la fréquence croissante des pratiques permises par le consentement NON éclairé. Avec les parents, j'ai un engagement à tenir, pour que soient de nouveau reconnus leur force, leur pouvoir, leur compétence à enfanter et éduquer les générations futures La majorité des grossesses ( 85%) pourraient et devraient se dérouler normalement, et il en va de même pour les naissances, tant qu'il n'y a pas intrusion dans le cours de leur histoire !
Les humains devraient savoir que dès que l'on l'on intervient dans les rôles naturels, on quitte la physiologie !!!!!
Et on ne fait que cela.... de la parturiente négligée, abandonnée seule à son angoisse et à sa douleur, non reconnue ni comme femme, ni comme mère, ni comme humain en souffrance ( et qui continue à te hanter à juste titre, Catmey ), à l'accouchement provoqué pour des raisons de confort ( 75%), de la pratique systématique de la péridurale( 60 à 85 %), de l'épisiotomie( 90% des primipares), de l'abus de forceps ou de ventouse .....( j'en passe les pires, vaut mieux!!!)..des préjudices de toutes natures sont commis au quotidien, qui laissent des traces dans les mémoires, les coeurs et les corps des femmes, sous le magistral et tout puissant prétexte de les "délivrer"!!! Récit de mère ( extrait): "....Je suis femme du troisième millénaire. Je fais des études,je construis ma carrière, je choisis le père de mes enfants, je planifie mes grossesses. Comme je n'accoucherai pas souvent, la naissance est dans ma vie unévènement clé qui ne peut être que réussi.
"....Je suis femme et mère. Le monde médical acquiert de plus en plus des savoirs sur mon corps et celui de mon petit, mais il ne me les communique pas souvent. Il nous dicte la façon de nous comporter, de se nourrir, de vivre. Au nom de l'Hygiène, on me sépare de mon nouveau-né. Au nom dela Sécurité et de la Prévention, le monde médical me sectionne le périnée, m'ouvre le ventre. Au nom de la Science, il me distille dans le corps des drogues, pour accoucher plus vite, pour ne plus rien sentir. Au nom du Progrès, mon corps pesé,analysé, échographié, monitoré, évalué, jugé...ne m'appartient plus....." . Rendre à la naissance sa dimension originelle, sacrée, intime et par dessus tout absolument unique,NOUS CONCERNE TOUS : nous n'avons à accepter ni le rôle de victime consentante , ni celui de bourreau robotisé, dans le mépris complet de l'individu,et des valeurs fondamentales de l'homme. Dans notre monde, il n'y a plus de place ni pour l'échec, ni pour l'épreuve. Donc, il est de plus en plus difficile de rencontrer ses souffrances et de les dépasser ! L'espace de vie est banalisé et aseptisé. Les affects sont socialement mal acceptés. Notre société de consommation fait de "l'individu" un objet et du "prendre soin" de l'autre et de soi même" , un produit. Si la manière d'"être au monde" est liée à la manière de "venir au monde", j'ai peur que nous nous acheminions vers une société d'individus inaptes à mobiliser leurs capacités pour vivre harmonieusement leur "temps de vie". Du fond des âges,je me sens appartenir à ces lignées de femmes et de mères qui, depuis l'aube de l'humanité ont pris soin de ceux qui ne peuvent s'assumer seuls. J'ai appris des femmes qui sont venues avant moi comment " faire du bien à la vie". Je suis l'héritière de ces femmes qui brûlèrent sur les bûchers de l'Inquisition, coupables de posséder des connaissances médicales, coupables de représenter un espoir de changement et de mieux-être au sein du fatalisme répressif chrétien. A mon tour à présent, de transmettre mon art de "passeuse de vie", de "gardienne des passages" aux nouvelles sorcières qui viennent après moi .
|
|
|
16-05-2005, 02:22:42 Muffy
Commentaires (10) |
 |
|
 |
|